
Nombreuses sont les régions qui vivent isolées du Maroc officiel. Elles survivent de peu, en silence, jusqu’à ce que mort survienne. Pour ces morts-vivants plus que pour d’autres, la mort de l’un des leurs, voire leur propre mort, fait partie de la vie. Ils n’en parlent pas. Personne alors ne parle d’eux.
C’est seulement quand il y a une grande catastrophe ou quand il y a des morts en série que ce Maroc-là occupe le devant de la scène, rugissant, faisant trembler la terre sous ses pieds endurcis. Surtout lorsqu’il se sent abandonné à son pénible sort. Ces contrées muettes ne grondent que quand elles sont profondément blessées, en plus de se sentir oubliées. C’est en ces sinistres moments que le reste du Maroc daigne enfin tourner le regard vers ce Royaume oublié.
Le séisme dans les douars inaccessibles d’Al Hoceima, les inondations à Merzouga, les morts d’Anfgou, les cas de méningite à Chefchaouen... Sont autant de calamités qui ont permis de pointer l’index sur un Maroc invisible. Un Maroc que l’on ne voit jamais à la télé et rarement dans les journaux.